lundi 28 mars 2016

Chapman brothers

Chapman family collection - 2002 (détail)
Jake et Dinos Chapman s'inscrivent dans cet art de l'iconoclasme, exploré autrefois par les surréalistes, aujourd'hui largement noyé dans le travail de nombreux artistes contemporains. Leur travail est efficace : il allie l'humour à la provocation, utilisant les thèmes de la guerre, du sexe, de la consommation comme culture de masse. On y retrouve les influences de Salvador Dalí, Hans Bellmer, et quelques autres en situant leur esthétique dans un cadre facilement identifiable pour le commun des visiteurs, ce qui accentue encore davantage l'effet d'iconoclasme
Ici, dans une exposition présentée à la Tate Britain en 2013, il s'agissait de fondre les images de la junk food représentée par Mac Donald's dans l'esthétique précise d'un art africain traditionnel unanimement reconnu comme «authentique» par la doxa, même si, la plupart du temps, les codes des masques africains échappent à la plupart des amateurs d'art : absence généralement de datation des périodes, des ethnies, et peu importe, puisque ce n'est pas l'art des Africains que l'on a envie de voir, mais l'art que l'on se représente comme étant celui des Africains.
Ici, le message est clair : le télescopage entre le fameux bun rond dégoulinant d'une feuille de fromage industriel dans un pain transformé en masque renvoie directement à cette confrontation entre deux mondes, deux systèmes culturels sans aucun point commun possible, que l'esthétique singulière des formes du masque rend redoutablement efficace.

vendredi 11 mars 2016

Louis Janmot - Autoportrait

Combien étrange est cet autoportrait de Louis Janmot dont la précision et la volonté d'hyperréalisme annonce déjà d'autres grands courants de ce XIXe siècle. Elève d'Ingres, il est aussi influencé par Hippolyte Flandrin, dont Le jeune homme nu assis au bord de la mer, peint à Rome en 1836, eut le succès qu'on lui connaît encore, influençant au XXe siècle les photographes.
Ici, Louis Janmot, dont la peinture est marquée plus tard par une prégnance importante du catholicisme, se portraitise lui-même avec cette espèce d'autofascination pour un visage jeune dans lequel il se cherche – il a alors dix-huit ans–, et si les traits masculins sont décelables, il donne également à voir certains traits encore féminins, recherche, peut-être d'une identité d'homme avant celle de peintre, qui lui est également indéfectiblement liée : sa palette, outre la convention d'autoportrait à la palette des peintres, est une protection autant qu'un emblème qu'il tient comme une jeune femme tiendrait un éventail, et il nous indique qu'il est gaucher ! Belle œuvre dont on peut déceler un aspect un peu provocateur...


Louis Janmot - Autoportrait à la palette - 1832





Hippolyte Flandrin - Jeune homme nu assis au bord de la mer - 1836
Le Musée de Beaux-Arts de Lyon donne à voir l'exposition «Autoportraits. De Rembrandt au selfie» du 25 mars au 26 juin 2016.

samedi 5 mars 2016

Sir John Soane's house in London

La maison de John Soane à Londres est un lieu à ne pas éviter lorsqu'on s'intéresse à ce Londres du XIXe siècle encore terriblement présent, et qui fait cette caractéristique de la ville, intégrant des périodes très différentes, les mélangeant comme dans une recette de magie qui fait qu'on ne s'étonne d'aucun imaginaire britannique, qu'il soit celui de Lewis Caroll, de James Barrie, ou aujourd'hui de Joanne Rowling. 

Il y a de cela dans la maison de Sir John Soane, esprit éclairé qui fut architecte, franc-maçon dans cette fin du XVIIIe siècle, qui se passionna pour, Pompéi, Venise, et donna ce relief particulier d'un regard fasciné par l'Italie lorsque les brumes londoniennes incitaient les Britanniques fortunés à explorer la Méditerranée. Il en rapporta des antiquités égyptiennes, romaines, etc. et en garnit sa maison comme un cocon douillet farci de ce pouvoir de l'image, rassemblant, en plein centre de Londres et en ce lieu unique, le moyen de relier l'Italie à ce lieu incontournable qu'était déjà Londres alors, place de départ et de retour pour apprécier et conquérir le monde.




Thomas Lawrence - Portrait of John Soane - 1829


mardi 1 mars 2016

Le petit pêcheur

Où l'on s'étonne du «réalisme magique» d'Augustin Rouart, cette capacité à saisir la réalité d'une situation dans laquelle s'exprime d'abord la tendresse, puis à sublimer tous ses éléments dans une nouvelle dimension, onirique, aux perspectives faussées, pour jouer avec les rapports du près et du lointain, des bleus devenus si tendres de la mer, du ciel, des nuages, de la côte prêts à tous se confondre...

Augustin Rouart - Le petit pêcheur - 1943  - © photo Christian Baraja